El Toboso
Belle promotion, plus efficace que tout ce que pourraient imaginer les meilleures agences publicitaires. Ici, tout tourne autour de Don Quichotte principalement de l’objet de ses rêves et de toutes ses pensées, sa chère Dulcinée. Dulcinea, Quijote, Sancho, Cervantes et même Rocinante prêtent ainsi leur nom à des restaurants, des auberges et bien d’autres commerces, la palme revenant comme il se doit à Dulcinea. On y vient en nombre, à nos côtés un plein autocar de collégiens français visite la maison de Dulcinée. Il est amusant qu’un personnage de roman parvienne à avoir une telle présence et pareille longévité. C’est d’autant plus curieux que le roman ne fait que l’évoquer, qu’elle n’est jamais présente et que Don Quichotte ne la rencontre pas une fois. Lui-même n’est pas certain de la réalité de son existence : « Dieu sait s’il y a ou non au monde une Dulcinée, et si elle est ou non pure fantaisie : ce ne sont pas là des choses qu’il faut chercher à vérifier jusqu’au bout. Je n’ai point engendré ma dame ni ne l’ai enfantée, même si je la contemple et la vois comme il convient que soit une dame dotée de qualités qui la peuvent rendre fameuse en toutes les parties du monde ». Ceci ne l’empêche pas de lui prêter toutes les vertus, toute la noblesse et toute la grandeur possibles à de nombreuses reprises : « Dulcinée est fille de ses œuvres, et […] les vertus régénèrent le sang ; et […] plus digne d’estime est un humble vertueux qu’un vicieux de haute naissance ; d’autant que Dulcinée a quartier dans son blason qui peut lui donner la couronne et le sceptre de reine, que le mérite d’une femme belle et vertueuse va jusqu’à faire plus grands miracles » ou « Et toi, ô suprême parangon de toutes les vertus que l’on peut désirer, summum de la beauté et de la grâce humaines, unique remède de ce cœur affligé qui t’adore ». Et tout ceci a contribué au développement d’un parcours monumental et d’un parcours littéraire. Ce dernier est constitué de quatorze plaques portant de courtes citations du roman apposées sur des murs du village comme « ¿A qué palacio tengo de guiar… » que dit Sancho Pança sommé de guider son maître à la maison de sa bien-aimée alors qu’il ne connaît ni son occupante ni la maison dont Don Quichotte estime qu’elle doit être un palais. Parmi les dix lieux du parcours monumental, cette fameuse maison, sans doute une maison qui a suffisamment conservé son caractère ancien et qui a été aménagée et meublée en conséquence de façon à pouvoir jouer le rôle qu’on lui a attribué. Parmi les lieux, le musée de Cervantès où sont exposés des exemplaires du roman dans toutes sortes de langues dédicacés par nombre de célébrités, Nelson Mandela aux côtés d’Adolph Hitler ou de François Mitterrand. Parmi les dix lieux toujours, les statues en fer de Don Quichotte et de Dulcinée se faisant face, le premier en génuflexion devant la seconde qui le domine de toute sa hauteur, le premier maigre, presque famélique, la seconde large et imposante alors qu’ils ne se sont jamais rencontrés en plus de mille pages !